À la uneSociétéTempête à la frontière sur fond de « crise » migratoire

Michaël Laforest2 octobre 20174 min

Le groupe Storm Alliance, opposé aux politiques d’immigration des gouvernements Trudeau et Couillard, a organisé samedi  une manifestation au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle. En opposition, le réseau Cité sans frontières s’est invité pour créer une résistance. Au total, le rassemblement  a mobilisé près de 200 personnes dans chacun des camps.

La contre-manifestation orchestrée par Cité sans frontières, qui milite pour les  droits des immigrants, a somme toute été pacifiste. Une seule arrestation a été répertoriée.

« Tout le monde déteste les racistes », scandaient à l’unisson les deux groupes entre deux séances d’insultes. Pour les manifestants de Storm Alliance , c’était une façon de se défendre d’être une organisation raciste. Pour Cité sans frontières, c’était plutôt une manière de s’opposer aux positions de ces derniers. La manifestation a débuté vers 13 heures, lorsque le groupe Storm Alliance est arrivé sur les lieux.

Les participants de la contre-manifestation sont, pour leur part, arrivés dans la matinée. Ils en ont profité pour étendre des affiches en support aux réfugiés sur les grilles des camps mis en place plus tôt cette année après l’arrivée des demandeurs d’asile, qui sont maintenant fermés.

L’escouade anti-émeute a été déployée à la suite d’une brève altercation entre un membre de Storm Alliance et un contre-manifestant. Les protestations se sont conclues à 15 heures avec le départ du groupe d’extrême droite.

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Le diable à nos portes ?

Quelques jours avant la manifestation, une table ronde sur les enjeux liés à l’augmentation du flux migratoire a eu lieu à l’UQAM. Lors de la conférence Migration à la frontière canado-américaine: crise ou continuité?, organisée par la Chaire Raoul-Dandurand, les experts se sont penchés sur la représentation de ces immigrants dans les médias et sur l’entente des tiers-pays sûrs.

En ce sens, la politologue Mireille Paquet a expliqué que l’image qu’on se fait d’un réfugié typique n’est pas celle qui nous est présentée dans les médias. Selon elle, on n’a pas l’impression que ces derniers sont vulnérables, alors que certains franchissent plusieurs kilomètres pour s’établir dans un pays duquel ils ne connaissent rien.

Plutôt que des personnes à l’allure vulnérable, on y verrait plutôt des gens qui ressemblent à des citoyens ordinaires. D’après l’avis de la politologue, les images diffusées dans les médias montrent plutôt des gens marcher vers la frontière avec un cellulaire dans une main et des bagages dans l’autre.

Une entente à revoir

La directrice générale d’Amnistie internationale pour le Canada francophone, Béatrice Vaugrante, croit d’ailleurs que l’entente sur les tiers-pays sûrs entre le Canada et les États-Unis, qui force un demandeur d’asile à formuler sa demande dans le pays où il arrive en premier, « viole les droits des demandeurs d’asile ».

En raison de cette entente, les demandeurs d’asile n’ont d’autre choix que de traverser la frontière de façon irrégulière. Une pratique qui n’est pas illégale, selon le Barreau du Québec. Si un demandeur d’asile fait une demande de façon régulière, en se présentant au poste frontalier, il est renvoyé aux États-Unis et il ne peut pas présenter une autre demande, puisqu’on peut le faire seulement une fois au cours de sa vie au Canada.

En 2013, 86% des réfugiés atterrissaient dans un pays en voie de développement, une proportion qui dévoile l’inégalité entre les pays d’accueil. Les pays développés sont en retard, selon Béatrice Vaugrante. « On bafoue les droits de la personne pour le contrôle des frontières », explique-t-elle. Selon elle, l’incertitude qui émane au sud de la frontière ne fait qu’envenimer la situation. Un enjeu complexe qui provoque des tensions, comme l’a démontré la manifestation de samedi.

Problème d’interprétation

Avec des groupes d’extrême droite tels que Storm Alliance, cet effet de peur et d’incertitude s’en trouverait décuplé. Un des membres du contingent Storm Alliance a tenu, samedi, une pancarte où on pouvait lire « dehors Trudeau, Couillard » aux couleurs du drapeau patriote, également utilisé par plusieurs autres manifestants. D’autres s’étaient plutôt munis d’une pancarte électorale de Justin Trudeau, marquée d’une croix rouge, signifiant leur opposition aux politiques d’immigration de ce dernier.

« Il y a un problème d’interprétation des groupes d’extrême droite au Québec », explique le porte-parole de Cité sans frontières, Anas Bouslikhane dans un point de presse. « Il y a une panique anti-immigrants, […] l’immigration illégale, ça n’existe pas, […] les gens qui traversent la frontière sont forcés de le faire dû à l’entente sur les tiers-pays sûrs », affirme-t-il.

 

photos: MARTIN OUELLET MONTRÉAL CAMPUS

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