À la uneOpinion>Méfaits diversDes initiations consentantes

Camille Payant Camille Payant14 septembre 20173 min

Cette année, les initiations du département de communication de l’UQAM ont fait peu de vagues dans les médias durant la première semaine du retour des classes, passant presque sous le radar. Tout le contraire des dernières années, où les « Zèbres », symboles emblématiques des initiations de communication, instauraient un régime de sexisme et de méfiance. Pour la première fois en dix ans, la pression médiatique semble avoir eu raison de leur discours habituel.

En 2013, les « Pimps zèbres » et « Putes zèbres » ont suscité une levée de boucliers de la part de nombreux groupes féministes, dû au caractère sexiste et humiliant de leurs personnages. Depuis, sans avoir changé dans l’imaginaire collectif, leur nom officiel a été amputé des qualificatifs dégradants.

Après des initiations très médiatisées en 2016 et de nombreuses interventions en amont de la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, la première semaine universitaire de bien des étudiants s’est tenue dans le respect et le consentement, rendant ainsi leur rentrée encore plus plaisante.

L’humiliation n’était pas au rendez-vous cette année. Dire « non » était tout à fait acceptable, et même encouragé par les Zèbres. Après avoir refusé un défi impliquant d’embrasser plusieurs personnes dans des conditions qui, selon eux, allaient trop loin, une équipe s’est même vu attribué des points pour leur avoir tenu tête, alors que la pression sociale peut être très forte lors des activités d’intégration.

En août, la ministre David avait annoncé un investissement de 23 millions de dollars sur 5 ans pour rendre les établissements postsecondaires plus sécuritaires face aux violences sexuelles. L’argent, peu à peu injecté dans les services de préventions et d’aide aux victimes, notamment lors des initiations, semble avoir jusqu’à présent porté fruit à l’UQAM.

Actions concrètes                    

Dès les premières minutes des initiations, le mot « consentement » était sur toutes les lèvres. Les initiateurs, des étudiants de deuxième et troisième année du même programme, arboraient tous un écusson « Sans oui, c’est non », rappelant l’importance du commun accord en toutes circonstances. L’élocution d’ouverture du comité organisateur misait également sur cet aspect, afin d’éviter des débordements qui pourraient avoir de dures conséquences pour certains étudiants.

Un comité mis sur pied pour la première fois par l’Association facultaire étudiante de langues et communication (AFELC) distribuait même des condoms aux gens sur place, profitant de l’occasion pour faire de la prévention sur les violences sexuelles.

Il reste encore beaucoup à faire avant d’avoir des initiations complètement inclusives. Une « french list » s’était glissée parmi les défis remis aux nouveaux étudiants. Ceux-ci devaient embrasser les gens présents sur la liste, afin d’accumuler des points permettant à leur équipe de grimper au classement. Une pratique archaïque qui ne devrait plus avoir lieu d’être dans les rites de passage d’une université que se targue d’être progressiste, sous aucun prétexte.

Les dérapages sont possibles et même plutôt fréquents, lors des initiations. Pour le bien-être de tous les participants, il est plus qu’important de réussir à trouver un équilibre entre défis, plaisir et responsabilités. Même dans une semaine remplie de vices, le bonheur des étudiants doit passer avant tout le reste.

Les Zèbres, bien au fait de leur réputation des dernières années, ont voulu rectifier le tir au terme de la semaine d’initiation, en invitant les nouveaux étudiants à s’impliquer dans l’Université et en réitérant leur volonté de conserver des liens forts avec tous les étudiants en communications de l’UQAM. Signe qu’entre les murs bruns de l’Université, les « inis » ne sont jamais finies.

Illustration: Vincent Lapointe

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