À la uneSociétéFormer la relève, un octet à la fois

Laurent Lavoie Laurent Lavoie12 mai 20175 min

Professeur à l’École des médias et responsable du programme de journalisme de l’UQAM, Jean-Hugues Roy se veut à la fois réaliste et optimiste quant à l’avenir de sa profession, notamment depuis l’émergence  du journalisme par les outils informatiques.

CE TEXTE FAIT PARTIE DU CAHIER PORTRAITS DE L’ÉDITION DU 5 AVRIL 2017

« Je suis dans ceux qu’on peut ranger comme étant dans [la catégorie des] nerds », reconnaît celui qui vient de compléter une analyse du nombre de pages de tous les mémoires et de toutes les thèses des universités québécoises à l’aide d’outils informatiques. Il a récolté plus de 55 000 documents pour faire sa recherche.

Une grande partie de l’information se retrouve aujourd’hui « dans des bases de données et sur des supports numériques ». « Il faut être outillé, équipé, pour naviguer dans ces terrains numériques. Pour moi, les newsgetters de demain, ce seront ceux qui vont être capables de trouver l’info numérique là où elle se trouve », affirme l’ancien journaliste à Radio-Canada. Il a toutefois cette « impression que les emplois en journalisme vont continuer à se faire rares », mentionnant qu’à l’obtention de son diplôme, un seul autre finissant sur 19 a réussi à se tailler une place dans le domaine journalistique.

À l’âge de 16 ans, c’est la cartographie qui occupe ses temps libres. Quelques années plus tard, une fois son baccalauréat en géographie complété, Jean-Hugues Roy entame un voyage de six mois en Amérique centrale. La région est alors secouée par des guerres civiles, ce qui n’empêche pas le futur journaliste d’avoir la piqûre pour le quatrième pouvoir. Rédigeant plusieurs articles pour le Continuum, défunt journal étudiant à l’Université de Montréal, il prend la décision de poursuivre son éducation en complétant un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en journalisme à l’Université Concordia en 1988. Âgé de seulement 21 ans, il fait parallèlement ses premiers pas dans le monde médiatique au journal Voir.

En 2011, alors que l’École des médias de l’UQAM recherche activement un professeur spécialisé en multiplateforme, Jean-Hugues Roy saute sur l’occasion, une décision qui aura un impact immédiat sur le programme de journalisme. Il décide d’offrir des connaissances technologiques plus approfondies aux étudiants. « On va apprendre Excel, on va en apprendre sur le HTML. On va apprendre les fonctions qui peuvent être utiles pour faire de l’analyse de données, retrouver des histoires dans les données », s’est-il réjoui à son arrivée en poste.

À l’époque, un seul cours introduisait les nouvelles technologies aux étudiants. M. Roy a intégré un atelier de journalisme sur internet au programme en plus d’un cours optionnel, Technologies de l’information appliquées au journalisme, où les étudiants apprennent les rudiments de la programmation informatique et de la visualisation de données. L’expérience se veut ardue pour plusieurs. « C’est rock ‘n roll, admet-il. Je le dis aux étudiants au début: je vais vous amener ailleurs. Il y en a qui ont abandonné. Certains n’ont pas l’impression de comprendre. » Pour lui, c’est comme lorsque « des colons découvrent un nouveau continent, une nouvelle planète, on découvre quelque chose de nouveau. Alors c’est un peu ça que j’essaie de faire avec les journalistes»

Déchiffrer l’avenir

Naël Shiab, journaliste de données pour le magazine L’actualité, faisait partie du programme de journalisme à l’UQAM de 2008 à 2011. Il croit, lui aussi, qu’une adaptation est inévitable. « Pour pouvoir faire notre travail de journaliste, qui est d’aider les gens à comprendre le monde dans lequel on vit, il faut qu’on exploite toutes ces données, qui sont en fait des indices de ce qui se passe dans la vie de tout le monde », soutient-il. À cet effet, il considère Jean-Hugues Roy comme un « mentor » depuis le début de sa carrière, puisque « c’est lui la référence comme professeur dans ce domaine. Au Québec, il y a juste Jean-Hugues ». Par ailleurs,  M. Roy a publié, pour compléter sa maîtrise en septembre 2016, son mémoire « Le journalisme informatique au Québec: Expansion du journalisme ou nouveau territoire professionnel? ». « Il n’y avait que lui qui pouvait explorer cette question-là », remarque M. Shiab.  

« L’hybridation » de l’informatique, c’est-à-dire sa polyvalence, pourrait contribuer à l’avenir d’une profession journalistique qui cherche à se réinventer depuis quelques années. « Il va toujours continuer de se faire du journalisme écrit, de la presse imprimée. Ce n’est pas mort, s’exclame Jean-Hugues, optimiste. La radio, ça se déploie sur le Web avec les podcasts. La télé, le journalisme vidéo, ça continue. » Chose certaine, le professeur est de ceux qui croient que l’informatique sera nécessairement complémentaire à l’avenir du quatrième pouvoir.

Photo: CATHERINE LEGAULT MONTRÉAL CAMPUS

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