Quatre ans après avoir pris la barre de l’UQAM, voilà que Robert Proulx quitte le rectorat après un mandat truffé de dossiers houleux. C’est donc l’heure de faire le point sur ces quatre années plutôt mouvementées, mais sans l’apport du principal intéressé, puisqu’il a repoussé son entrevue annuelle avec le Montréal Campus à la toute fin de son mandat, vers la fin du mois de mai.

Soutenir que Robert Proulx a été un piètre recteur parce qu’il n’a pas su redresser la situation financière de l’UQAM sans heurts serait simpliste. Comme bon nombre d’organismes publics, l’Université demeure ultimement à la merci des caprices de Québec.

En 2013, M. Proulx s’est retrouvé parachuté en terrain hostile au moment où l’UQAM a vu son budget être amputé de 12,5 millions de dollars. « Pour résorber ses problèmes financiers, l’UQAM a fait le maximum d’économies et de compressions qu’elle pouvait. Plus que ça, notre développement et même notre fonctionnement seront altérés », avait-il alors déclaré au Campus, sans se douter qu’une nouvelle vague de compressions l’attendait au détour.

S’il avait les mains liées devant les aléas financiers du gouvernement provincial, Robert Proulx avait au moins un certain contrôle sur les affaires internes de l’UQAM. Après une tournée de consultations, il a d’ailleurs détaillé ses ambitions pour l’Université dans son plan stratégique 2015-2019. À défaut d’être une vision à mener à bien d’ici 2019, ce document est devenu, par la force des choses, le legs de M. Proulx.

C’est toutefois un héritage mitigé que le recteur laisse derrière lui, car même s’il s’agit d’un plan quinquennal, force est de constater que certains des objectifs qu’il recense seront difficiles, voire impossibles à atteindre d’ici les deux prochaines années. D’autres de ces visées semblent quant à elles avoir été complètement oubliées.

Les appels à un refinancement universitaire ont été répétés sur toutes les tribunes par M. Proulx, conformément aux cibles de son Plan. Dommage qu’il n’ait pas été aussi volubile et accessible auprès de sa communauté universitaire. Pour mesurer l’atteinte de ses objectifs en matière de transparence, le Plan s’appuie entre autres sur l’envoi de courriels INFO-Direction et sur les abonnements à Actualités UQAM, deux vecteurs de communication unilatéraux qui ne favorisent pas réellement la transparence sur un lot d’enjeux. Évidemment, les mesures les plus controversées — et donc les plus importantes — adoptées par la direction, comme le dernier plan de résorption du déficit ou le contrat accordé à Garda en 2016, n’auraient jamais figuré dans les lignes de ces messages institutionnels. Le site wiki de l’Université instauré à l’automne dernier à des fins de « décentralisation» permet peut-être à la communauté de s’exprimer, mais ce portail à la portée limitée n’est pas suffisant pour garantir un véritable échange avec le rectorat.

Le plan stratégique souligne aussi qu’il faut « viser l’équilibre budgétaire dans le respect de la mission de l’UQAM ». Or, selon une logique purement comptable, la haute direction a décidé de réduire l’accessibilité à certains locaux en dehors des heures d’ouverture et de fermer ses bibliothèques les dimanches, une mesure à courte vue qui dure depuis l’automne 2015. Ce gâchis, qui affecte directement les services aux étudiants, semble incompatible avec la mission de l’UQAM, qui implique de « contribuer […] à la réussite étudiante aux trois cycles ».

Le document énonce également une volonté de « bonifier l’offre de services en santé » et en fait un « enjeu majeur de développement ». Permettez-nous d’en douter.

Comme le rapportait le Montréal Campus en janvier dernier, l’implantation d’un service de santé entre les murs de l’UQAM — initialement prévue pour le début de 2017 — est toujours dans les limbes administratives. Le doyen de la Faculté des sciences et aspirant-recteur, Luc-Alain Giraldeau, qui siégeait aussi au Comité aviseur du projet de Service de santé, a même avoué qu’il ignorait où en était le projet en début d’année. Espérons qu’il saura mener à bien cette initiative dans laquelle il s’est impliqué.

On lit également dans le plan stratégique que l’Université souhaite « renforcer le sentiment de mieux-être et de sécurité sur le campus ». Entre la gestion de la grève du printemps 2015, l’intervention pour le moins fracassante de policiers sur le campus lors de l’occupation du pavillon DS et avec l’octroi d’un contrat de 50 millions de dollars à la firme Garda, on peut dire que le dossier de la sécurité a fait couler beaucoup d’encre. Le renforcement d’un sentiment sécuritaire aura, au contraire, exacerbé les tensions déjà vives entre nombre d’étudiants et la haute direction.

Justifier un manque de vision en recourant systématiquement à l’excuse du sous-financement semble avoir été une tactique prisée par plusieurs recteurs de l’UQAM. Voilà pourquoi le ou la successeure à Robert Proulx devra être épris d’un désir réel — et non superficiel — de rebâtir les ponts avec la communauté pour que cesse enfin le cycle d’hermétisme qui entrave la réalisation des projets les plus importants.

Illustration: Valaska

 

Correction: 10 mai 2017

Une version précédente de cet éditorial suggérait qu’il est « l’heure de faire le point sur ces quatre années plutôt mouvementées, mais sans l’apport du principal intéressé, puisqu’il a refusé d’accorder son entrevue annuelle au Campus. ». Cela est inexact; Robert Proulx a plutôt fait savoir qu’il souhaitait n’accorder aucune entrevue (et ce même au bulletin Actualités UQAM) d’ici la fin de son mandat, vers la fin du mois de mai.

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