À la uneSociétéProtéines et « shakes » à la végétalienne

Ericka Muzzo25 avril 20174 min

L’offre de protéines en poudre s’est diversifiée dans les dernières années et les goûts se sont améliorés. Suivant une tendance sociétale, les entreprises courtisent désormais un nouveau segment de la population : les végétaliens. Qu’elles soient faites de pois, de soya ou de riz, les protéines en poudre végétaliennes ne semblent pas encore tout à fait au point.  

« On voit un engouement pour le végétalisme, donc ça se reflète aussi dans les protéines en poudre; il y en a désormais à partir de riz, de chanvre, de pois et autres, explique la nutritionniste sportive à l’Université de Montréal Ève Crépeau. C’est assez nouveau, c’est vraiment en expansion. »

C’est habituellement de la protéine de petit-lait que l’on retrouve dans les poudres « sportives » régulières. Mieux connu sous le nom de whey protein, il s’agit de lactosérum, un liquide faible en gras et riche en protéines qui est ensuite réduit en poudre.

Contrairement à la croyance populaire, les poudres végétaliennes ne seraient toutefois pas réellement une option plus « naturelle » que celles de petit-lait. « Le végétalisme, c’est prouvé que ça peut être bien, donc je crois que les compagnies tirent profit de ce mouvement-là pour mettre des nouveaux produits sur le marché, explique Ève Crépeau. Côté marketing, c’est gagnant d’offrir le “sans” : sans OGM, sans viande, etc. Au final ce n’est pas mieux que les produits réguliers, parce qu’il y a autant de transformation. De la poudre dans un pot, ce n’est pas naturel, surtout quand il y a des additifs pour que ça goûte bon », tranche-t-elle.

Il apparaît également que les protéines végétales seraient moins complètes que celles des vaches. Cela s’explique par l’absence de certains acides aminés essentiels dans ces poudres que le corps humain ne peut pas produire. Leur absence rend la protéine « incomplète », et donc moins efficace pour bâtir du muscle.

« Par contre, c’est possible d’améliorer leur utilisation en y ajoutant certains éléments comme de la leucine, un acide aminé très populaire pour le gain de masse. En faisant des mélanges, les protéines peuvent devenir plus complètes », explique Ève Crépeau. On trouve notamment la leucine dans le germe de blé, les arachides et les pois chiches.

Nécessaire, vraiment?

Malgré la popularité des protéines en poudre, ces produits parfois dispendieux ne seraient pas nécessaires pour le sport et la prise de muscle, croit Ève Crépeau. « Les protéines sont sur un piédestal en ce moment. Tout le monde s’imagine en manquer, mais en fait, il y a davantage de gens qui en mangent trop que pas assez. Il est très facile d’avoir assez de protéines par les aliments que l’on consomme », tranche-t-elle.

Pour Camille Dodeler, qui pratique la musculation depuis neuf ans et qui consomme des protéines en poudre, c’est surtout une question pratique. « Je ne vais pas trimballer des oeufs et des pois chiches en permanence! Un shake, c’est rapide, et tu sais que tu as toutes les protéines dont tu as besoin », fait-elle valoir.

Deux livres de protéines peuvent coûter environ 50 $. Au final, cela peut s’avérer être moins cher que l’équivalent en aliments. « Une cuillère revient environ à 1 $, et c’est des protéines pures », analyse Francis Roy, ambassadeur de marque pour la compagnie Naturiste qui se spécialise dans les suppléments alimentaires

Moindre mal

Il est alors à se demander pourquoi choisir un produit qui n’offre pas toutes les caractéristiques escomptées.« Je crois que c’est surtout pour ceux qui ne veulent pas prendre de protéines, par conscience environnementale ou par choix de régime végétalien, estime Ève Crépeau. Ça peut aussi être pour les végétaliens qui ne font pas de sport, mais qui ont peur de manquer de protéines. »

Pour Camille Dodeler, la prise de ces poudres donne surtout un petit coup de main. « C’est difficile pour une femme de prendre de la masse musculaire. Donc, pour performer, il faut que je mange beaucoup et que je surveille mes apports nutritionnels, notamment en protéines », explique-t-elle.

Durant une journée typique, Camille peut prendre jusqu’à trois fois des protéines en poudre. « Au petit-déjeuner, c’est soit de la poudre de riz brun ou de pois. Après mon entraînement, soit je mange un repas riche en protéines, soit je bois un shake de protéines de lait. Et pour la collation, c’est des protéines en poudre végétales », résume-t-elle. Si elle a choisi de faire la transition aux protéines végétales le matin et l’après-midi, c’est surtout pour ne pas abuser des protéines régulières. « J’aime mieux ne pas favoriser les protéines animales », affirme-t-elle.

Elle admet toutefois avoir pris une ou deux semaines à s’habituer à la protéine de pois. « C’est plus lourd, plus difficile à assimiler. Les produits ne sont pas aussi développés que ceux à base de lait, donc le goût et la texture laissent aussi à désirer. Mais je fais un peu de cuisine, je rajoute du stévia et de la cannelle et ça passe mieux », explique-t-elle.

« Ce qu’il faut retenir, résume Ève Crépeau, c’est que les aliments sont mieux que n’importe quelle poudre. On vise le moins de transformation possible dans les produits que l’on consomme. »

Photo: FLICKR

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *

Le journal indépendant des étudiantes et des étudiants de l'UQAM depuis 1980

Les Éditions Montréal Camping inc. Tous droits réservés.