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Matisse Harvey18 avril 20174 min

Les initiatives bénévoles en matière juridique sont un terreau fertile pour les étudiants désireux de baigner dans un environnement professionnel avant l’obtention de leur Barreau. Parmi elles, la Clinique juridique itinérante (CJI) offre un service d’information juridique aux personnes en situation d’itinérance à Montréal tout en mettant à contribution plusieurs étudiants uqamiens.

Étudiante en troisième année au baccalauréat en droit à l’UQAM, Valérie Kelly avait la CJI dans sa mire dès sa deuxième année d’études. La jeune femme ressentait le besoin de consacrer une partie de son temps à cette clientèle « marginalisée par la société ». « On est en contact avec des gens qui vivent des situations parfois très difficiles, et comme c’est important pour eux de nous rencontrer, c’est aussi très important pour nous d’être là, de les écouter et de faire le suivi [de leur dossier] », insiste-t-elle.

Sur le terrain, les étudiants  se rendent une fois par mois dans le refuge qui leur est assigné en début d’année. Les étudiants doivent se garder de donner leur opinion aux usagers et s’en tenir à offrir des informations juridiques. « Étant donné que la Loi sur le Barreau empêche un non-avocat de donner de l’opinion juridique, ce serait contrevenir à la loi en tant qu’étudiant que de se substituer à un avocat », précise le responsable des communications de la CJI, Gabriel Pelletier. Ils peuvent toutefois sensibiliser les usagers à leurs droits individuels et les aiguiller dans des cas d’expulsion de leur logement, de non paiement d’amendes ou de pensions alimentaires, par exemple.

Bien que la Clinique juridique itinérante n’en soit qu’à ses débuts, elle a rapidement gagné en popularité auprès des étudiants en droit et des refuges à travers la métropole. C’est d’ailleurs un ancien étudiant de l’UQAM, Donald Tremblay, qui a lancé l’initiative en 2014 alors qu’il étudiait toujours en droit. Chaque année, la CJI forme une équipe de 35 étudiants de l’UQAM, de l’Université de Montréal et de McGill afin de transmettre les rudiments juridiques appropriés aux personnes en situation d’itinérance.

Un apport nécessaire

Au pavillon Saint-Laurent de la Mission Old Brewery, le service de la Clinique juridique itinérante est devenu essentiel. « S’il disparaissait demain matin, on serait pris de court, constate la directrice des services du refuge, Émilie Fortier. Il y avait un trou dans le système que les étudiants viennent combler. » Cette dernière précise que certains usagers ne sont pas admissibles au système québécois d’aide juridique, parfois parce que leur salaire est jugé suffisant.  La CJI répond alors à leurs questions juridiques, les aide à trouver un avocat de l’aide juridique et leur propose parfois des ententes de paiement ou des travaux compensatoires avec la municipalité.

Émilie Fortier ne tarit pas d’éloges à l’égard des étudiants qui doivent à la fois faire preuve d’empathie et d’autonomie. « Ils ont à faire face à des personnes en situation d’itinérance qui ont, entre autres, des problèmes de santé mentale [et] des perceptions erronées de la réalité », explique-t-elle. Il arrive aussi qu’ils doivent accepter l’ambivalence de certaines personnes qui se désistent en cours de route et choisissent de ne plus mener à bien leurs démarches.

« À l’aide juridique [municipale], ils ne vont pas nécessairement prendre le temps avec la personne, alors que le client s’est peut-être simplement mal exprimé », remarque Émilie Fortier. Selon elle, les étudiants parviennent à mettre en confiance les usagers qui éprouvent une certaine réticence à l’égard du système judiciaire.

Valérie Kelly n’a jamais eu vent de situations où des coéquipiers auraient éprouvé des difficultés pratiques avec les usagers. « En partant, vendre ce projet-là, c’est une chose, mais maintenir la confiance et montrer qu’on est encore pertinent à l’intérieur de notre organisme, c’est tout un travail », relève Gabriel Pelletier. Ce dernier se montre toutefois confiant pour l’avenir de la CJI, qui continue de gagner du terrain dans les refuges de la ville.

Photo: FÉLIX DESCHÊNES MONTRÉAL CAMPUS
Valérie Kelly s’implique auprès des résidents de la Mission Bon Accueil.

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