À la uneSociétéAux portes du Temple

Mòrag Bélisle13 avril 20175 min

Olga Hrycak, ancienne entraîneuse des Citadins et première femme à avoir entraîné une équipe masculine de basketball en Amérique du Nord, sera bientôt intronisée au Temple de la renommée du basketball canadien après un long parcours professionnel.

CE TEXTE FAIT PARTIE DU CAHIER PORTRAITS DE L’ÉDITION DU 5 AVRIL 2017

Issue d’une famille ukrainienne, Olga Hrycak n’est âgée que de quinze ans lorsqu’elle se découvre un intérêt marqué pour le basketball dans un cours d’éducation physique. Guidée par sa professeure, la jeune femme développe une passion qui la conduira tout au long de sa vie sur une trajectoire parsemée d’exploits et de médailles. Des décennies plus tard, elle est devenue une figure de proue du basketball québécois.

Après l’obtention d’un diplôme en éducation physique de l’Université de Montréal, Mme Hrycak amorce sa carrière dans une école secondaire privée, vers la fin des années 1960. « C’était une petite école catholique d’environ deux cent élèves et il y avait uniquement des filles. Puis, l’établissement est devenu mixte. C’est là que j’ai commencé à coacher des gars », raconte l’entraîneuse qui s’est rapidement bâti une réputation enviable.

L’entraîneuse a passé huit ans au Collège Champlain, à Saint-Lambert. Seulement deux ans après son arrivée en poste, son équipe remporte son premier championnat. Elle entame peu après une longue carrière de quinze ans avec les Blues du Collège Dawson. « Je ne me souviens même plus combien de fois on a gagné. On a déjà remporté quatre championnats de suite », souligne l’entraîneuse, se remémorant les moments heureux de ses exploits.

Ses débuts avec les Citadins

Le parcours de Mme Hrycak ne se limite pas aux équipes collégiales et universitaires. De 1985 à 1988, elle occupe le poste d’entraîneuse adjointe de l’équipe masculine olympique du Canada. À cette époque, elle a aussi fait partie du conseil d’administration de la Fédération de basketball du Québec. C’est là que Daniel Méthot, maintenant coordonnateur du sport d’excellence à l’UQAM, fait sa rencontre. « Elle a intégré le milieu francophone de façon remarquable. Elle a toujours coaché en français, même si ce n’est pas sa première langue », affirme-t-il avec admiration.

[Elle est] du genre à apporter un sac à lunch avant les pratiques, au cas où un des gars n’aurait pas assez mangé.
Daniel Méthot, coordonnateur du sport d’excellence à l’UQAM

Recommandée par Daniel Méthot, Mme Hrycak devient entraîneuse-chef pour les Citadins de l’UQAM en 2003. Cela a été une expérience palpitante pour elle. « À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de sports et le gymnase n’était pas très bien aménagé. Les bureaux du personnel relié aux sports étaient dans une grande salle commune », se rappelle-t-elle.

Daniel Méthot estime qu’il n’aurait pas pu mieux choisir la personne responsable du lancement du programme des Citadins. « L’idée, c’était d’avoir une personne qualifiée. Elle avait une feuille de route exceptionnelle et avait gagné plusieurs championnats au niveau collégial », explique-t-il. Son ancien collègue la décrit comme une femme généreuse et audacieuse. « Olga, c’est une femme de cœur. [Elle est] du genre à apporter un sac à lunch avant les pratiques, au cas où un des gars n’aurait pas assez mangé. »

Thierry Paul, ancien vice-président de Fédération de basketball du Québec, a été capitaine sous la houlette de Mme Hrycak dès les premières années des Citadins, en 2003. « Elle était persévérante et très exigeante. Olga avait à cœur le développement de ses joueurs et les programmes dans lesquels elle a été impliquée », se rappelle-t-il.

Après le passage de l’entraîneuse avec les Citadins, l’organisation des programmes sportifs était plus structurée. « Grâce à son support, l’équipe de basketball est devenue une équipe qui remportait des championnats », ajoute Thierry Paul, nostalgique. L’équipe a remporté le Championnat universitaire québécois en 2006, puis de nouveau en 2010. Olga Hrycak considérait ses joueurs comme ses enfants, ce qui a profondément marqué Daniel Méthot. « C’est une femme qui est mariée au basket. Pour elle, [c’est] important qu’il y ait un esprit de famille solide », lance-t-il.

Aujourd’hui, après cinquante ans à titre d’entraîneuse, sa passion pour le basketball est loin d’être tarie. « Je n’ai jamais lâché! Je me présente même encore à tous les matchs des Citadins », affirme-t-elle fièrement. L’entraîneuse Hrycak a rangé son sifflet en fin d’année 2015.

Une retraite engagée

Énergique de nature, ce n’est pas la retraite qui l’arrêtera. À 70 ans, elle prévoit développer un projet pilote, avec l’aide d’un collègue, qui aiderait des entraîneuses à bonifier leurs stratégies d’enseignement. « Elles vont pratiquer leurs tactiques dans un gymnase. Il y aura aussi des sessions d’études en nutrition, en psychologie du sport et en planification. Ça devrait commencer l’été prochain », se réjouit-elle, assurée que ces femmes seront bien outillées pour élaborer des programmes de basketball.

Très respectée dans le milieu, Olga Hrycak a donné des centaines de formations et a influencé des milliers d’athlètes au cours de sa carrière, selon Daniel Méthot. « Le souvenir que j’ai d’Olga, c’est qu’elle donnait beaucoup plus que ce qui était attendu de son poste. C’est une femme qui a fait tomber beaucoup de barrières et qui avait automatiquement le respect de ses collègues », conclut-il.

Au cours de sa prolifique carrière, Olga Hrycak a reçu plusieurs honneurs individuels. Entre autres, l’entraîneuse a été récipiendaire du prix Hélène Tanguay, remis par l’Association canadienne des entraîneurs et a été nommée entraîneuse de l’année par le Réseau du sport étudiant du Québec.

Son intronisation au Temple de la renommée du basketball canadien le 18 mai prochain à Toronto est, pour l’entraîneuse, la plus belle des reconnaissances du monde. Il ne lui reste plus qu’à préparer son discours de remerciement. « Je ne sais pas ce que je vais dire là-bas, aucune idée! », s’exclame-t-elle en riant. Un rire qui en dit long sur son détachement des honneurs. Elle apprécie quand même la reconnaissance de son travail qui, pour elle, ne s’est jamais vraiment terminé.

Photo: CATHERINE LEGAULT MONTRÉAL CAMPUS

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