À la uneSociétéCrise de légitimité et populisme

Sarah Xenos21 mars 20172 min

La mondialisation et le réchauffement climatique sont des raisons qui poussent la théoricienne politique Jane Mansbridge à croire que la société gagnerait à une augmentation de la coercition étatique*. Or, une telle augmentation pourrait causer une crise de légitimité, crise à laquelle le populisme pourrait apporter des solutions. Cette tendance politique poserait toutefois problème.

L’année 2016 a été marquée par une montée en force du populisme. L’élection de Donald Trump, les nombreux appuis à Marine Le Pen dans la course à l’Élysée et le Brexit ne sont que quelques exemples de la manifestation du populisme aujourd’hui. Il était donc indispensable pour Eve Seguin, politologue et professeure au Département de science politique de l’UQAM de présenter ce phénomène lors de la conférence Political representation in the age of populism le 16 mars dernier.

La professeure et théoricienne politique Jane Mansbridge de l’Université Harvard présentait donc non seulement le populisme, mais elle traitait aussi de la légitimité des instances gouvernementales et de l’augmentation des contraintes exercées par l’État. Cette recrudescence permettrait selon elle de conserver un « écosystème » nécessaire au maintien du sens du devoir et de la solidarité chez les gens. Dans un monde où la lutte contre les changements climatiques est l’affaire de tous, cela lui paraît vital pour encadrer l’utilisation des ressources dites « gratuites » qu’offre la planète.

Crise de légitimité

L’accroissement coercitif peut cependant amener la population à remettre en question la légitimité de l’État, affirme Mme Mansbridge. Pour certains, la solution à cette remise en question se trouve dans le populisme. Cela se traduirait donc par la montée en popularité de politiciens tels que Trump, Le Pen ou Wilders aux Pays-Bas.

« Le populisme est un phénomène où un représentant politique va se poser comme étant en lien direct avec le peuple », explique Eve Seguin. Le représentant politique sait ce que le peuple veut et il prétend agir au nom du peuple. Évidemment, le peuple en question est à bien des égards une fiction », précise-t-elle.

Pour Jane Mansbridge, le populisme reflèterait aussi un mépris envers l’élitisme, souvent considéré comme étant corrompu. Une altération de la confiance envers l’État découlerait notamment de ce mépris.

L’un des meilleurs exemples de ces deux caractéristiques demeure bien entendu le président américain qui dédaigne l’intermédiaire journalistique pour passer ses messages directement à ses partisans via Twitter.

Si le populisme se nourrit de la perception de la corruption, il est d’autant plus important de rétablir les faits dans le cas d’un gouvernement légitime et transparent. « Chaque parcelle de légitimité est extrêmement précieuse », soutient-elle. Du fait que plusieurs États se voient responsables des pires atrocités du 20e siècle résulte un questionnement constant du pouvoir et une méfiance envers les instances gouvernementales, autant de facteurs imputables à cette crise de légitimité et qui alimentent le populisme.

*La coercition étatique est la contrainte en provenance de l’État qui résulte d’une pression exercée par la perspective d’une sanction ou par la force dont le but est le bon fonctionnement de la société.

Photo: LUDOVIC THÉBERGE MONTRÉAL CAMPUS

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