À la uneSociétéTracer son chemin de croix

François Breton-Champigny15 février 20174 min

Évoluant au sein d’une société québécoise individualiste et laïque, les chrétiens de la génération Y estiment aujourd’hui avoir plus de difficulté à s’épanouir dans leurs croyances.

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« Partout où je vais, je me sens confronté à des réalités sociales qui vont à l’encontre de ma foi, confie Vincent Grondin, membre du conseil d’administration du Service d’animation biblique et pastorale de l’UQAM, IKTUS. C’est très “drainant” de vivre ça quotidiennement  », l’étudiant au baccalauréat en droit de l’UQAM.

Le jeune homme de 27 ans se sent souvent jugé par ses pairs dans son milieu scolaire. « Si on parle d’un sujet qui va à l’encontre de mes convictions religieuses en classe, je ne cacherai pas mon opinion, mais je suis tout à fait conscient que la majorité des gens me jugent ou ressentent même du mépris envers moi », relate-t-il. L’étudiant ajoute qu’afficher sa foi peut créer un handicap important dans les rapports sociaux avec les personnes qui l’entourent. « Les gens n’aiment tout simplement pas parler de ces sujets-là, poursuit celui-ci. En ce sens, c’est difficile de vivre sa foi pleinement puisque l’on ne peut pas partager la bonne nouvelle comme on le souhaiterait », déplore-t-il.

Partager en paix

Pour Francis Lee, l’adhésion à IKTUS lui a permis de mieux s’intégrer au sein de la communauté uqamienne. « Lorsque tu arrives à l’université, tu es souvent anonyme et seul, relève l’étudiant d’origine sino-vietnamienne. IKTUS représente une belle occasion pour les chrétiens de toutes professions de se rassembler et d’échanger sur divers sujets ». Il précise que les jeunes sont souvent en quête de sens dans leur milieu social et que les groupes pastoraux peuvent souvent leur servir de lieux de repères.

Vincent Grondin confie cependant que le groupe étudiant connaît des moments moins glorieux actuellement. « L’heure de gloire de IKTUS a passé, concède Grondin. Le renouvellement des membres ne se fait pas très bien puisque le groupe rassemble des chrétiens de toutes les professions qui ont de la difficulté à s’entendre sur divers points », poursuit l’étudiant.  

À la recherche de soi

Vincent Grondin s’est converti au christianisme il y a trois ans lorsque l’un de ses professeurs lui a fait mieux connaître la Bible. L’ancien professeur au Département des sciences des religions de l’UQAM Louis Rousseau a d’ailleurs pu constater une augmentation majeure dans l’achalandage de ses classes pendant sa carrière. « En quelques années, la moyenne d’étudiants présents dans mes cours est passée d’environ quinze à une centaine », raconte le retraité de l’UQAM. Selon ses estimations, environ un dixième des étudiants fréquentant ses cours à l’époque était croyant. Sur la totalité de ses élèves, plus de la moitié auraient ajouté un cours du Département des sciences des religions à leur cursus d’origine pour « se faire une idée personnelle sur les différentes croyances », soutient le professeur.

Avides de trouver un sens dans la société qui les entoure, les jeunes chrétiens seraient donc plus enclins à aller chercher davantage de renseignements sur la religion que les générations antérieures. « Les jeunes veulent aller plus loin que de seulement vivre leur foi, explique Francis Lee. On voit beaucoup de jeunes chrétiens qui font des retraites pour s’extirper du milieu dans lequel ils vivent et pour se faire leur propre tête sur leur place dans ce bas monde. »

Louis Rousseau explique cette curiosité soudaine envers la spiritualité chez les jeunes d’aujourd’hui par une carence en matière d’éducation familiale. « Après les années 70, la transmission familiale de la religion s’est pratiquement éteinte, avance-t-il. Sans discours religieux à la maison, les générations suivantes sont devenues ignorantes et en vieillissant, elles ont voulu avoir des réponses à leurs questions existentielles. »

Le professeur tempère l’impression d’une recrudescence de la foi catholique dans la société québécoise. « Certes, il y a une forme de curiosité vis-à-vis la foi chez les jeunes, mais on ne peut affirmer qu’une nouvelle vague de christianisme déferle sur le Québec, nuance le retraité de l’UQAM. C’est à travers l’éducation que les futures générations apprennent à respecter les différentes croyances de leurs semblables. »

 

Avec Léa Martin

Photo: CATHERINE LEGAULT MONTRÉAL CAMPUS
Les difficultés sont nombreuses pour les milléniaux qui adhèrent au christianisme.

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