Le mirage danois

Le Théâtre de l’Opsis ouvre son cycle scandinave avec Bientôt viendra le temps, une pièce danoise qui offre un miroir sur les difficultés de la vie conjugale à l’aide d’un ton absurde et parfois drôle.

Les spectateurs ont ri de bon cœur pendant les 90 minutes de la représentation mardi soir, mais Bientôt viendra le temps est loin d’aborder des sujets naïfs. Il y a tout d’abord Hilbert, père de famille désabusé, incarné par le solide Pierre-François Legendre, qui décide de faire appel à une femme à tout faire pour pallier le manque de féminité de sa femme Rebekka (tout aussi solide Catherine Proulx-Lemay).

Celle-ci ne sait plus faire à manger, ni le ménage. C’est arrivé d’un coup, comme ça, «elle pense trop». Elle fixe le mur pendant des heures, le même point, elle ne sait plus comment être femme.

De l’autre côté il y a John, ce pêcheur, quitte sa femme pour une raison bien précise. Celle-ci, Ingrid, n’est plus fertile. C’est naturel, il la quitte car elle ne vaut plus rien, n’est plus utile, «plus femme».

Avec ces deux scènes qui finissent par se croiser dans le même décor, l’auteur Line Knutzon enfonce le couteau dans la plaie. C’est que ces sociétés nordiques, «derniers espoirs d’une société égalitaire», ont aussi leur fracture, leur tradition qui résiste à la modernité. Ici le thème est bien sur la femme, mais c’est aussi toute la structure familiale qui tremble. Si ces sociétés sont aussi égalitaires qu’on le pense, qu’en est-il des foyers, des couples, des relations conjugales? Le thème n’est pas nouveau chez les Scandinaves, Scènes de la vie conjugale, du grand cinéaste Ingrid Bergman, analysant déjà le phénomène il y a 30 ans.

La différence réside dans le ton, car la pièce de Line Knutzon est profondément absurde, jouant avec le langage, les calembours et les jeux de mots. Le travail de la metteure en scène Luce Pelletier est aussi remarquable. Les allées et venues des comédiens sont rythmées, bien calculées, même qu’à un certain moment on croirait voir une sitcom américaine. Avec les deux acteurs principaux connus pour leur travail à Vrak Tv, on croit vraiment être à l’intérieur de notre appareil. La mise en scène prend à un certain moment la forme d’une danse entre les comédiens. De mémoire, Luce Pelletier utilisait le même processus dans La coopérative du cochon, montée il y a deux ans lors du cycle italien de la compagnie. C’est sa signature, sa griffe.

Du bon théâtre donc, et surtout un travail important de remise en perspective de ces sociétés trop souvent admirées, autant par la gauche que par la droite. Le Danemark n’est pas parfait, il est même en retard sur certaines questions, s’accrochant à des traditions machistes. Mieux vaut en rire pour l’accepter, et vivement le reste du cycle scandinave.

Bientôt viendra le temps est présenté à l’Espace Go du 17 novembre au 12 décembre.

 

4/5

Photo :  Marie-Claude Hamel

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