Pris de cours

Une véritable course contre la montre menace les étudiants de l’UQAM qui doivent, en six jours, mesurer la qualité et l’intérêt de l’enseignement qu’ils reçoivent, au risque d’y perdre au change.

Deux semaines s’étaient écoulées depuis le retour en classe au moment où l’étudiante en communication à l’UQAM, Isabelle Langlois a reçu une opportunité unique. Elle devait choisir entre un contrat payé qui comptera pour un stage d’une année complète ou les bancs de l’Université. «Dans notre domaine, il n’y a pas beaucoup d’offres qui se libèrent», raconte-t-elle. C’est donc sans hésiter qu’elle a accepté la proposition. En retard de deux jours après la date limite pour annuler ses cours, l’Université allait lui charger l’entièreté de ses frais de scolarité pour les quelques heures passées en classe.

La plupart des Universités du Québec (UQ), dont l’UQAM fait partie, sont en tête de lice pour les délais les plus sévères d’annulation de cours avec retour d’argent. Pour la session d’automne 2014 à l’UQAM, cette période prenait fin le 9 septembre dernier. Après six jours ouvrables, les étudiants désireux de mettre fin à leur semestre doivent payer la facture complète de leurs frais de scolarité. Dans les autres universités québécoises, les dates ont varié du 11 au 17 septembre. L’Université McGill laissait même à ses étudiants jusqu’au 23 septembre pour faire leur choix sans conséquence financière. Le Registrariat applique les règles préétablies par l’UQAM, explique la directrice des relations de presse et événements spéciaux, Jennifer Desrochers. «Toutes les décisions sont prises en fonction des règlements des instances», soutient-elle. La règle du six jours ouvrables se retrouve dans le Règlement des études de premier cycle. Le Conseil d’administration et la Commission des études se chargent de la révision annuelle de ce règlement qui date de quelques décennies, affirme Jennifer Desrochers.

Pour Isabelle Langlois, donner des délais aussi réduits pour annuler ses cours sans perte d’argent témoigne d’une forme d’agressivité de la part d’une université qui se dit ouverte au dialogue avec ses étudiants. «Ça me donnait l’impression que l’UQAM voulait absolument mon argent et faisait tout pour l’avoir en donnant des délais plus courts», avoue-t- elle. Refroidie par cette façon de procéder, elle admet avoir eu des doutes quant à un retour au sein de son programme universitaire. Les étudiants dans la situation d’Isabelle Langlois doivent se référer à leur direction de programme. «Celle-ci va évaluer la demande et décider des suites à lui accorder», explique l’agent d’inscription du Registrariat, Jean-Yves Deslauriers.

Seuls les cas de force majeure peuvent être renégociés avec le Registrariat, selon l’assistante à la gestion des programmes de communication, Josée Hamelin. «Je reçois plusieurs appels quelques jours après la date limite pour lesquels on ne peut rien faire», affirme-t-elle. Si un étudiant arrive toutefois avec une bonne raison, il est possible de déroger à la règle. «J’envoie le dossier au coordonateur qui va aller débattre du cas avec le Registrariat, explique l’employée. On essaie d’aider le plus possible ceux qui ont un bon dossier.» Elle a par exemple traité le dossier d’une étudiante qui devait prolonger son traitement de chimiothérapie. Dans le cas d’Isabelle Langlois, une lettre de son employeur a été demandée pour évaluer sa situation. Les commis du Registrariat sont en mesure de trouver une solution si celui-ci est bien présenté.

Selon l’étudiante, payer trois mois d’école pour six jours passés en classe relève d’un non-sens. «La première semaine, les étudiants reçoivent leur plan de cours et plusieurs professeurs passent à peine une heure en classe», fait-elle remarquer. Même si l’offre de stage d’Isabelle était une opportunité professionnelle en or, elle a dû y réfléchir puisqu’elle se soustrayait des cours après les délais prescrits. «Ça me coûtait 1 500 dollars accepter une job à temps plein, calcule-t-elle. Si ça ne se réglait pas, j’aurais perdu ma job. Ça m’aurait fait passer à côté de cette opportunité.»

Dialogue de sourds

L’étudiante a suggéré plusieurs solutions au problème des délais restreints d’annulation de cours. Donner la chance aux étudiants d’assister à deux séances de chaque cours est un bon point de départ, pense-t-elle. «En une semaine, tu n’as pas la chance de bien évaluer si tu vas apprécier les cours, la dynamique ou le professeur», croit-elle. Elle a aussi proposé à l’UQAM de garder son argent à crédit pour une inscription future puisqu’elle compte se réinscrire pour finir son baccalauréat dès l’an prochain.

L’Université a refusé les propositions d’Isabelle Langlois dont la situation s’est finalement réglée auprès de sa responsable de programme. «On applique toujours la même formule année après année jusqu’à preuve du contraire, explique Jean-Yves Deslauriers. Rien ne bougera jusqu’à ce que les instances décisionnelles comme le Conseil d’administration n’en décident autrement.» Le montant total des frais de scolarité a finalement été remboursé à l’étudiante, qui décrit toujours le manque de support et de flexibilité des hautes instances uqamiennes.

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