CultureRire dans sa barbe

Catherine Lamothe16 avril 20144 min

Roulant sa bosse dans le milieu de l’humour depuis des années, Jonathan Roberge ne mâche pas ses mots. Avec humilité et sans tabous, l’humoriste sème les plaisanteries et récolte les fous rires.

Un voile grisâtre enveloppe Hochelaga-Maisonneuve, quartier chouchou de l’humoriste Jonathan Roberge. Attablé près d’une fenêtre dans un café grouillant dont il connaît chaque recoin, il avale un grand latté au soya avant d’attaquer une journée d’écriture chargée. Les yeux rieurs derrière une barbe sévère, l’homme de 30 ans est à des lieues de son personnage exubérant dans la série Web Fiston, enchaînant bien humblement les projets et les nouvelles créations.

Les derniers mois ont été particulièrement remplis pour celui qui combine les rôles d’humoriste et de papa de Xavier, presque cinq ans. Les réalisations professionnelles n’en finissent plus de s’accumuler. Tout en organisant ses derniers rendez-vous sur son téléphone, Jonathan Roberge évoque son plus récent succès, Fiston, série extrêmement populaire auprès des internautes. «Mon but avec cette émission n’était pas de me faire connaître davantage, assure-t-il. Tout ce que je voulais, c’était que le concept fonctionne. Le reste a suivi.»

L’idée derrière la série faisait son chemin dans la tête de l’humoriste depuis quelques années, alors que son ex-conjointe était enceinte de leur fils. «Je lisais des livres sur la paternité et je trouvais qu’on prenait les pères pour des imbéciles, lance-t-il. Ce n’est pas de l’antiféminisme, ni de la misogynie, mais je trouve que l’homme dans les médias est souvent représenté comme un idiot, qui ne sait jamais quoi faire et encore moins avec un enfant.» De là, Jonathan Roberge a développé l’idée d’écrire un livre humoristique conseillant les nouveaux papas. Il a finalement opté pour des conseils à son «Fiston» et de l’idée a découlé la série Web. Il y joue un personnage déjanté, qui ne mâche pas ses mots pour parler de drogue ou de sexualité à son fils. «Les gens sont souvent extrêmement surpris quand ils rencontrent Jonathan dans la vie, parce qu’ils s’attendent à rencontrer son personnage, rigole son agent des sept dernières années, Stéphane Fortin. C’est un très bon comédien.»

Né pour un petit rire
Haut comme trois pommes, Jonathan Roberge savait déjà qu’il voulait oeuvrer dans le milieu artistique. À cette époque, il se voyait plutôt derrière la caméra. «Jeune, je rêvais surtout d’être réalisateur. J’étais toujours en train de tourner des films ou d’écrire des scénarios dans  mes cahiers Canada», relate-t-il. L’humour s’est finalement imposé à lui, au début de la vingtaine, après une dizaine d’années de théâtre et d’improvisation à Repentigny. «Je me suis rendu compte que c’était toujours dans ce qui était drôle que je performais le mieux, explique-t-il. Je n’ai rien forcé. L’humour est arrivé naturellement.»

S’il a collaboré à plusieurs concepts humoristiques, c’est d’abord avec Contrat d’gars, la série Web élaborée avec son ami Alexandre Champagne, que Jonathan Roberge s’est fait connaître du grand public. L’aspect absurde de l’émission a rapidement plu aux internautes. En six mois, les capsules ont récolté des millions de visionnements, un changement radical pour celui qui n’aspirait pas du tout à être connu. «Au début, j’ai eu beaucoup de difficulté à gérer ma popularité, admet-il. J’étais habitué à aller à l’épicerie tranquille et tout à coup, les gens venaient me voir, voulaient me parler, prendre des photos. J’ai trouvé ça troublant.»

Avec le temps, il est parvenu à apprivoiser cette nouvelle facette de son métier pour en tirer le meilleur parti possible. «Jonathan répond à tous les courriels qu’il reçoit, témoigne Stéphane Fortin. C’est quelqu’un d’extrêmement généreux, qui fait le métier pour les bonnes raisons. Sa popularité ne lui est jamais montée à la tête.»

Authentique envers son public, Jonathan Roberge n’hésite pas à livrer des anecdotes personnelles dans les chroniques qu’il publie depuis quelques mois sur Urbania. Récemment, l’auteur a rédigé un texte plus sérieux dans lequel il relatait ses crises d’angoisses l’ayant mené à une dépression, il y a quelques années. «Je ne voulais pas faire de moi le porte-parole des personnes qui vivent des dépressions, mais je voulais écrire un billet qui irait chercher plus de gens pour leur dire de prendre soin d’eux», note-t-il avec du recul. En quelques jours, le texte a fait le tour des réseaux sociaux. L’humoriste a aussi été assailli d’invitations à la radio et à la télévision pour parler de son histoire. «Je ne regrette rien. J’ai reçu beaucoup de beaux témoignages, des gens m’ont dit que ça leur avait fait du bien de voir qu’ils n’étaient pas seuls», raconte-t-il en souriant. Son collègue et ami Alexandre Champagne se réjouit de voir Jonathan Roberge assumer pleinement sa sensibilité auprès du public. «Je pense que les épreuves l’ont amené à réaliser le plein potentiel qu’il avait et ont su lui donner un vécu nécessaire pour atteindre un niveau de plus dans sa création», croit-il.

Au café, la matinée tire à sa fin et la tasse de latté au soya est pratiquement vide. Fixant la vitrine devant lui, Jonathan Roberge semble imperméable à la température morne qui assaille la journée printanière. Son visage s’éclaire lorsqu’il évoque ses projets futurs. «Je travaille sur la script-édition d’une pièce de théâtre pour cet été, lance-t-il visiblement emballé. Sinon, je planche sur un projet de dessin animé… J’ai également l’idée de faire un one-man show et peut-être un livre.» Un éclair malicieux traverse son regard. «J’ai aussi des projets dont je ne peux pas parler encore, confesse-t-il. Ce que je peux dire, c’est que prochainement les gens vont me voir énormément.»

Crédit photo: Catherine Lamothe

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