Mange, prie, étudie

S’insinuant même dans les coulisses de l’éducation, les tentacules de l’Opus Dei s’étendent jusque sur les bancs d’école afin de former la relève.

Les jeunes de confession chrétienne ont une option supplémentaire pour trouver un toit après avoir quitté le nid familial. L’Opus Dei, prélature catholique controversée, accueille des étudiants prêts à se soumettre aux nombreuses exigences de l’organisation. Un grand mystère entoure cependant ces résidences situées tout près de la plupart des grandes universités montréalaises.

Rendu célèbre par le Da Vinci Code de Dan Brown, l’Opus Dei possède deux habitations de ce genre dans la région métropolitaine. Ces établissements étudiants font sourciller les non-initiés. Les habitations sont la propriété des 210 membres permanents du mouvement, qui y vivent en communauté en dehors de leurs occupations quotidiennes. Pour Priscille de Galembert, membre étudiante de l’Opus Dei, l’adhésion au regroupement n’a rien de dogmatique et est purement spirituelle. «C’est un groupe avec lequel je peux exprimer mes valeurs chrétiennes et vivre selon ma foi», explique-t-elle.

La jeune femme d’origine française affirme que les résidences étudiantes de l’Opus Dei sont beaucoup plus qu’un simple toit. «C’est un lieu de formation, un milieu où la personne peut grandir intellectuellement, être plus sociable», raconte-t-elle. Professeur à la faculté de théologie de l’Université de Montréal, Olivier Bauer connait l’existence de tels endroits, mais avoue n’avoir aucune idée de leur fonctionnement. Les résidents s’adonnent à de multiples activités récréatives comme du bénévolat, des excursions et des sorties sportives. «Il y a bien sûr plusieurs activités spirituelles, signale la porte-parole de l’Opus Dei au Québec, Isabelle St-Maurice. On prie en groupe et on discute souvent sur la foi pour mieux comprendre le message du Christ.»

Un des aspects les plus surprenants de ces résidences, selon Olivier Bauer, est la séparation des sexes. À Montréal, les deux logis sont non-mixtes. «Pour les membres célibataires, ça peut mieux se comprendre, mais séparer des étudiants, je trouve ça très particulier et même archaïque», affirme le théologien. Priscille de Galembert justifie cette division par l’efficacité de la formation spirituelle. «Les enjeux et problématiques auxquels nous faisons face ne sont pas les mêmes que pour les garçons», déclare-t-elle.

Pour Olivier Bauer, certaines perceptions répandues sur l’Opus Dei sont proches de la réalité. «C’est un mouvement ultra-catholique et d’extrême-droite, même s’ils se bornent à le nier», certifie l’enseignant. Priscille de Galembert nie ces allégations et affirme débattre de certains enjeux sociaux avec ses collèges, comme la présence du crucifix à l’Assemblée nationale. Par contre, il n’y a pas place aux débats en ce qui concerne l’avortement. «Tout chrétien qui suit l’enseignement de l’Évangile aura la même position que nous, car le droit à la vie est une valeur fondamentale de la foi catholique», explique-t-elle.

Les marches du pouvoir

L’admission dans les logements de l’Opus Dei est limitée et les critères pour y entrer restent assez flous. Isabelle St-Maurice assure que les étudiants ne sont pas triés sur le volet pour ne sélectionner que l’élite. Priscille de Galembert se rappelle avoir dû soumettre son relevé de notes avant son entrevue, mais pense que cette demande n’est qu’une étape parmi tant d’autres dans la sélection. Le sérieux d’un étudiant passe beaucoup plus par son comportement, selon la résidente. «Sortir à tous les soirs et rentrer à 3 heures du matin, ça ne passe pas chez nous», explique-t-elle.

Olivier Bauer n’hésite pourtant pas à associer l’Opus Dei et l’élitisme. «Ils visent très particulièrement les décideurs dans la société et sont très agressifs dans leur recrutement», avance le professeur. Isabelle Saint-Maurice juge que cette perception est simplement due à une différente conception du travail. «On encourage les étudiants à développer leurs talents au maximum, car c’est le meilleur outil pour faire rayonner les valeurs de l’Église, déclare la porte-parole. Inévitablement, certains d’entre eux accèdent à des postes prestigieux.»

Cette attention particulière au développement scolaire des étudiants peut mener certains d’entre eux à un accès privilégié au pouvoir politique. «Leur recrutement de l’élite vise d’abord et avant tout à s’immiscer dans les débats de société», indique Olivier Bauer. Cette présence s’est récemment fait sentir lors du débat sur le projet de loi péquiste sur l’aide médicale à mourir. Membre du Mouvement laïque québécois, association visant à dénoncer l’influence politique des religions, Jocelyne Côté est convaincue que l’Opus Dei a planifié une action concertée pour intervenir  dans le débat. «En commission parlementaire, ils étaient représentés de manière disproportionnée dans le rang des opposants», soutient-elle. Le Devoir avait en effet appris que six médecins associés à ce mouvement catholique ont voulu être entendus en commission parlementaire.

Malgré la formation offerte aux membres des résidences, il n’y a aucune obligation à s’engager avec la prélature catholique à la suite de ses études. «La grande majorité des résidents ne deviennent pas membres permanents, car ils veulent fonder une famille ou explorer d’autres voies», assure Isabelle St-Maurice. Cependant, l’influence de l’Opus Dei reste très importante. Olivier Bauer précise que si l’organisation s’impose dans le débat social, il faut toutefois prendre leurs propos avec un grain de sel. «Pour plusieurs catholiques radicaux, la foi devrait guider tous les choix politiques et sociaux, soutient-il. Il ne faut pas se laisser berner pas de telles déclarations, mais ils ont le droit de s’exprimer comme toute autre organisation.»

Crédit photo: Jo De Ross/Flickr

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *