UQAMÉpater la galerie

Melissa DesGroseilliers16 avril 20134 min

Femme douce à l’âme d’artiste, Louise Déry sait manier d’une poigne ferme les acteurs du paysage artistique de demain. Innovatrice, elle tente de mettre le doigt sur les futurs Riopelle.

Derrière son Mac, Louise Déry ignore les sifflements de son téléphone cellulaire. Long cheveux bruns et rouge à lèvres vermillon, sa voix rieuse mais franche détonne dans son environnement de travail épuré. À quelques heures de l’ouverture de l’exposition «Passage à Vif», elle garde son calme, et oublie le vacarme ambiant de l’Université du peuple. Quelques rides aux coins des yeux, le regard enveloppant, elle discute avec deux collègues des derniers détails à finaliser avant que la Galerie ne s’ouvre aux curieux. Lauréate du prix de la Fondation Hnatyshyn, accordé en reconnaissance de son importante contribution pour l’art contemporain au Canada en 2012, Louise Déry fait rayonner l’art uqamien.

Pour la doyenne de la faculté des arts, Louise Poissant, la directrice à la Galerie a réussi à mettre l’UQAM sur la carte en invitant des artistes de partout à travers le monde. «Grâce à elle, la Galerie est l’une des mieux cotées au Canada, avec une programmation des plus prestigieuses», souligne-t-elle d’une voix attendrie.

Cette femme organisée sélectionne les œuvres et artistes qui seront à l’affiche. Véritable architecte des expositions, la quinquagénaire fait bon usage de son flair pour dénicher le talent. Elle ajoute ensuite sa touche finale aux expositions en faisant les catalogues et les textes.

C’est sa créativité qui lui permet de décrire le génie des nouveaux artistes. «Lorsqu’on parle de quelqu’un sur lequel aucun mot n’a été dit, il faut trouver les bons termes pour aider les gens à se faire une idée de la démarche ou de l’œuvre, explique-t-elle en se replaçant une mèche de cheveux. Il y a un travail d’invention de langage qui est fascinant.» Elle ne se considère toutefois pas artiste elle-même. «On s’imagine que les gens qui côtoient de très près le milieu de l’art ont envie de s’y mettre eux aussi», constate-t-elle en riant. Trop de publicités et d’images coup de poing tapissent notre société, croit la femme plutôt animée par le contact humain. «J’aime les pratiques artistiques qui sont assez politiques», affirme-t-elle. Pour elle, l’engouement étudiant du printemps érable joignait l’utile à l’agréable. «Ça montrait qu’il y avait encore de la sève, image- t-elle en parlant de la nouvelle génération. C’est ce qui est important pour l’art, d’éveiller les gens sur leur monde.»

Un vent de liberté

Elle fait le saut à l’UQAM du peuple après avoir été tour à tour directrice de la Galerie au Musée national des Beaux-Arts du Québec et conservatrice au Musée des Beaux-Arts de Montréal. «Travailler dans une université permet une liberté d’action et la possibilité de découvrir très tôt les nouveaux talents artistiques», remarque-t-elle en choisissant bien ses mots. Selon elle, dans les musées professionnels, les artistes ont déjà plusieurs années de carrière derrières eux, tandis qu’à l’Université, le talent est encore brut. «Ici on est entouré des nouvelles générations d’étudiants en arts, ça nous donne l’occasion de débusquer les tendances de demain et c’est l’une des choses les plus stimulantes», ajoute-t- elle convaincue.

Pour Louise Déry, la Galerie de l’UQAM, située en plein cœur du centre-ville, devient un véritable musée universitaire où les étudiants de tous les champs d’intérêts se côtoient. «Ce qui compte, c’est que des jeunes adultes qui sont en train de choisir leur voie dans la société sont mis en contact avec l’art», insiste-t-elle, en agitant les mains à la manière d’un chef d’orchestre.

D’abord étudiante en sciences durant son adolescence, elle a vite compris que sa vocation se trouvait dans le milieu artistique. «Quand j’avais cinq minutes entre deux cours, j’étais soit au Conservatoire, soit dans les locaux d’arts plastiques, se souvient-elle, amusée. J’étais devenue une sorte de mascotte pour les gens en art au Cégep.» Lorsque le moment est venu de faire un choix de carrière définitif, elle n’hésite pas une seconde. Elle postule en histoire de l’art. Avec un doctorat en poche en la matière, Louise Déry avait le profil idéal pour devenir professeure. Elle envisageait pourtant une vie plus colorées. Déambuler dans les expositions, décortiquer chaque détail d’une œuvre et établir un contact avec les artistes dans leur studio étaient plutôt ce qui animait sa passion pour le paysage artistique. «Ça a fait de moi quelqu’un qui s’intéressait beaucoup à l’art contemporain, parce que les artistes contemporains sont vivants», affirme calmement la directrice, à la tête de la Galerie UQAM depuis 1997. Un nouveau sifflement de son téléphone, qui se tenait tranquille depuis quelques minutes, rappelle la femme à l’ordre. Elle répond, rebrousse chemin et file vers la Galerie. Les talons hauts de Louise Déry résonnent dans les couloirs bruns de l’UQAM et ils continueront de le faire longtemps.

Crédit photo: Mikael Saxemard

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