Le jour J approche. Ou plutôt le jour GGI. Les affiches annonçant les diverses assemblées générales pullulent. Déjà, tous fourbissent leurs armes. À grands renforts de tracts et d’envois postaux, les associations facultaires font la promotion de la grève générale illimitée.
En décembre dernier, je mentionnais dans ces lignes l’importance d’un mouvement étudiant uni pour faire entendre raison au gouvernement de Jean Charest. Hélas, il semble que mon vœu ne sera pas exaucé de sitôt. Après une trêve dite «ponctuelle» pour organiser la manifestation du 10 novembre dernier, les tensions entre les associations étudiantes nationales recommencent à se faire sentir. En effet, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a refusé d’entériner par écrit les compromis qu’elle a consentis lors de l’organisation de cette manifestation en collaboration avec les autres associations nationales, au grand dam de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE). Cette dernière a néanmoins accepté de maintenir sa participation à l’événement, après que la FEUQ se soit engagée à inscrire son approbation de l’entente au procès-verbal de la rencontre. Toutefois, l’ASSE a averti la Fédération qu’une «telle concession ne se reproduira pas dans le cadre des négociations entourant les clauses de solidarité, de non-dénonciation et de non-recommandation».
Ces clauses, ce sont le nerf de la guerre. Car l’ASSE a peur d’être à nouveau trahie par la FEUQ et son homologue collégial, la FECQ. En 2005, lors de la grève contre des modifications du programme d’Aide financière aux études, les deux fédérations signent une entente de principe avec le gouvernement Charest, après que ce dernier ait exclu l’ASSE de la table des négociations. Or, cette entente – promettant la reconversion de 482 des 515 M$ de bourses transformées en prêts – ne plaît pas aux quelques 75 000 membres et sympathisant de l’Association, qui y voient une abdication.
Cette fois-ci, rien ne laisse présager un dénouement différent. En effet, divers documents internes provenant des fédérations étudiantes semblent indiquer qu’elles seraient prêtes à négocier l’abolition des crédits d’impôts sur les droits de scolarité en échange du gel de la facture. Encore une fois, l’ASSE s’indigne contre ces infâmes «lobbyistes» à la botte de l’État qui sabotent les efforts du reste du mouvement étudiant. Elle réclame donc des autres associations nationales qu’elles s’engagent à ne pas recommander quelque entente que ce soit au gouvernement et le laisse mettre cartes sur table d’abord.
Elle n’a d’ailleurs pas tort. Tout bon joueur sait garder son jeu caché le temps de laisser miser son adversaire. Le problème, c’est que l’ASSE a perdu toute crédibilité pour négocier avec le gouvernement au fil de ans. Certes, sa politique du «sans compromis» a grandement contribué à enflammer le mouvement étudiant, mais elle a aussi donné lieu à de regrettables excès. L’Association a besoin d’un interlocuteur plus modéré, qui se montrera ouvert à la discussion avec notre têtu premier ministre. Voilà pourquoi les regroupements nationaux auraient tout avantage à travailler ensemble et à accepter de mettre de l’eau dans leur vin ou de pimenter la sauce pour plaire à l’autre. Mais il faut croire que les vieilles rancœurs ne sont pas près d’être oubliées. Et, en attendant, c’est la totalité de la communauté étudiante qui souffre de cette querelle.
Émilie Clavel
Rédactrice en chef
Montréal Campus
redacteur.campus@uqam.ca








La grève imminente : un retard dans l’obtention de nos diplômes, un retard quant à l’entrée sur le marché du travail, un délai supplémentaire pour acquitter ses dettes étudiantes, une possible session annulée engendrant une perte monétaire importante… Est-ce que la grève ne camouflerait pas une peur d’entrer dans le monde des grands? De relever le défi que représente le marché du travail? Les études ne sont qu’une étape dans la vie d’une personne, ou du moins devraient l’être.
Il faut aussi tenir compte de ces personnes travaillant à temps plein et qui retournent aux études afin d’acquérir de nouvelles compétences, qui perçoivent l’instruction comme une opportunité d’avancement, de réalisation de soi, un droit que nous nous payons et un devoir que nous nous faisons. En tant qu’employée à temps plein et étudiante à temps partiel depuis un long moment, je peux me permettre d’énoncer que toute personne dans ma situation est consciente de la richesse que l’université apporte tant individuellement que collectivement et c’est un privilège que de pouvoir en bénéficier, et ce lorsque nous sommes admis au programme choisi puisqu’il est évident qu’il y a une forte demande et un nombre de places limité. Les universités tentent d’offrir le plus de services possibles à ceux qui désirent atteindre leurs objectifs professionnels et une augmentation des services signifient évidemment une augmentation des coûts.
J’encourage d’autres moyens de pression outre que la grève. Cependant, le feuillet d’information distribué par l’UQAM datant d’octobre 2011 les réfute totalement, ce qui ne me surprend pas lorsque l’on se fit au ton du feuillet en général, on sent bien un total manque d’objectivité. Pourquoi ne pas envisager de déduire le montant correspondant à la hausse des frais de scolarité de notre facture de la session et de laisser ainsi un solde impayé, voilà un moyen de pression qui n’aura pas des conséquences majeures dans notre cheminement professionnel, dans l’atteinte de nos objectifs. Cependant, le feuillet en question précise qu’il est plus efficace d’engendrer un grève générale illimitée (ce terme est effrayant lorsqu’une personne travaillant à temps plein s’engage dans un processus d’obtention de diplôme qui peut s’échelonner sur 5 ans et qu’elle paie ses études en totalité, ne dépendant que d’elle-même et de son salaire), « car la grève libère les étudiant-e-s de leurs tâches académiques, ce qui leur donne le temps et l’espace pour se concentrer sur les actions politiques ». Pourquoi ne pas se concentrer sur ses études pour ensuite, une fois le diplôme obtenu ou même avant, s’engager politiquement pour obtenir l’appui de la population et ainsi changer les politiques en cours et le futur des étudiants. Pourquoi devez-vous imposer votre mode d’action à TOUS les étudiants? D’autant plus que la grève d’un groupe salarié, telle que celle ayant eu lieu chez Postes Canada, a beaucoup plus d’impacts puisque la population est privée d’un service. Une grève étudiante n’a aucun impact réel, ne privant personne de quoi que ce soit hormis les étudiants des services pour lesquels ils ont payé. Un peu ironique non de se pénaliser soi-même?
Aussi, il ne faut pas oublier de considérer que le secteur privé sera le principal bénéficiaire de nos connaissances, de nos formations, de nos diplômes. Or, ce dernier n’est pas impliqué auprès des étudiants et pour la cause que vous défendez si intensément. N’y aurait-il pas une autre avenue à explorer à ce niveau, sans pour autant tomber dans la commercialisation des services éducatifs?
Une augmentation raisonnable des frais de scolarité devrait être acceptée par les étudiants aux lieu et place d’être réfutée automatiquement. Ayant fréquenté l’Université de Montréal pendant de nombreuses années, j’ai bien constaté l’impact d’une injection de sommes supplémentaires : finalement, nous avions des toilettes fonctionnelles, finalement, nous avions des salles de cours acceptables, finalement, nous avions de l’équipement informatique adéquat…. Il faut donc voir au deçà des privations personnelles que nous devront nous imposer pour parfaire nos études. Les universités sont des infrastructures vieillissantes qui exigent d’être entretenues et il est évident qu’il est impossible de le faire dans un état de stagnation.
Le feuillet mentionne aussi que la grève permet aux étudiants d’obtenir une certaine visibilité : 8 grèves, depuis 43 ans l’histoire se répète, depuis 43 ans nous voulons une visibilité, la population québécoise connait très bien nos revendications, le gouvernement aussi, mais cette population vote aussi pour un gouvernement et prend donc position quant aux priorités de tel gouvernement. Ce pourrait-il que la grève ne soit finalement qu’un moyen inefficace? À l’heure actuelle, je crois qu’il est plutôt important que l’on s’assure que les ponts, tunnels, échangeurs demeurent bien en place et que notre réseau de santé s’améliore.
Il ne faut pas oublier de souligner l’importance de la technologie dont nous désirons bénéficier, qui ne cesse d’évoluer et dont l’université doit se doter et maintenir à jour. Les étudiants sont bien conscients de la valeur de la technologie, nous en possédons tous, certains en font même une priorité dans leur vie, dans leurs finances, il suffit d’assister à un cours pour constater l’importance qui lui est accordée, souvent bien plus élevée que celle accorder au professeur.