Non classéLe derrière du tableau

David Riendeau4 septembre 20096 min

L’art érotique

Impliquant peu de vêtements et beaucoup de sensualité, l’art érotique est de l’Art, à n’en point douter. Malgré tout, les œuvres qui s’y rattachent provoquent toujours des levées de boucliers… et de jambes en l’air!

 «L’art érotique n’existe pas. Ce n’est qu’une façon de nommer une thématique.» Jacques Rivest, directeur du Conseil des Arts du Québec, énonce ainsi son avis: cette dénomination n’est qu’une formule pour que tout le monde comprenne. Parce que de l’art, c’est de l’art. Point. Et quand c’est érotique, voilez les yeux des enfants, portez-les au lit, puis fermez les lumières pour enfin montrer ce sein que nous ne saurions voir.

 

Aujourd’hui, l’art érotique est sorti de la Grande Noirceur de la chambre à coucher pour se tailler une place dans l’espace public. Mais avec difficulté. Jennifer-Lee Barker, coordonnatrice du Festival d’art érotique de Montréal (FAEM), raconte qu’une exposition comme celle qui est montée depuis trois ans au mois d’août lors du FAEM est désespérément attendue par les artistes. Travaillant aussi au Conseil des arts du Québec, elle s’étonne que l’ouverture d’esprit du public face à l’érotisme ne soit pas la même partout au Canada. «Beaucoup me disent qu’ils ne peuvent, dans leur environnement, montrer ce qu’ils font parce que c’est mal perçu. Au Québec, c’est moins tabou qu’à Toronto par exemple.»

 

Vous avez dit «porn»?

Pas question de méprendre le travail des artistes de l’érotique pour de la pornographie. «Quelqu’un m’a dit un jour que je faisais de la pornographie. J’ai été insultée! Je suis une intimographe, s’exclame Colette Coughlin. Pour moi, mes dessins sont une façon d’apprivoiser la sexualité et de la comprendre». Les illustrations de cette artiste, dont certaines étaient exposées pendant le FAEM, ont pour fonction d’honorer le corps et de montrer des images d’amour. Ses œuvres, créées à partir de photos d’elle-même ou en ébats avec son conjoint, montrent tout.

 

Les maîtres du subjectif et du charnel s’entendent: impossible de confondre une œuvre érotique et un produit de l’industrie pornographique. «La porn, c’est des images de prostitution. L’érotisme, à l’inverse, c’est la base de tout. Y’a pas un bébé qui est né sans sexe! L’art érotique a ce quelque chose d’universel», pense François Cliche, créateur fasciné par l’éros et le thanatos.

 

À la base de l’art érotique, se trouve d’abord l’émotion. Ensuite, le désir. Celui de rendre hommage au corps et de le traiter avec respect. De montrer toute la sensualité et la beauté d’un corps dénudé. Une mission parfois difficile à remplir. Colette Coughlin révèle qu’après plus de sept ans à dessiner et à créer, elle ne commence qu’à être capable de montrer le fruit de son travail. Auparavant, la gêne la paralysait et l’empêchait de rester proche de ses œuvres pour rencontrer les gens.

 

La thématique érotique n’en est pas une qui se démarque par sa facilité à être traitée. Le jugement des autres et leur regard qui perce l’intimité dévoilée sont autant de raisons qui poussent l’artiste à dissimuler ce qu’il a lui-même créé.

 

Nu sur scène

«La nudité ne parle pas de la nudité, elle parle de la mort. Elle parle d’amour et de manque.. Elle n’est pas belle tout le temps. Et elle n’est surtout pas toujours érotique». Le chorégraphe Dave Saint-Pierre exprime ainsi le sens que porte pour lui le dévoilement du corps dans ses spectacles. Un corps qui tremble et se crispe, dont les muscles saillent, est d’autant plus beau qu’il fait partie de ce qu’il appelle la «nudité quotidienne».

 

Pour lui, l’érotisme tient bien davantage de l’attente et de la surprise, du corps à demi dévoilé, et non de la nudité crue. «Dans La pornographie des âmes, des hommes nus portaient des perruques blondes et se promenaient dans le public en exécutant des exercices de danse. Le public pouvait voir les couilles qui pendaient, l’anus, le pénis, tout ça en gros plan. Et c’était tout sauf érotique!»

 

Or, cette différence n’empêche pas les voyeurs de venir à ses spectacles «parce qu’il y a du monde à poil». Selon Dave Saint-Pierre, ils y découvrent alors une autre perception de la nudité, bien différente de celle plastique et pornographique à laquelle ils sont habituellement exposés.

 

Toujours aussi choquant

Ce n’est pas demain que les représentations de corps nus ou en situations érotiques feront l’unanimité. Cette année, quatre œuvres en provenance des États-Unis attendues au Festival d’art érotique de Montréal ont été refoulées aux douanes pour cause de nudité masculine, rapporte Jennifer-Lee Barker. L’an passé, la situation a été semblable, mais avec des œuvres représentant des corps féminins.

 

La censure est encore utilisée, au détriment des uns, au plaisir des autres. Le tabou face à l’érotisme persiste, même dans la société québécoise, estime Jacques Rivest. «De toute façon, l’art sera toujours censuré. Mais l’artiste n’est-il pas là pour faire évoluer la société? C’est son devoir de montrer ce qu’il veut.»

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