Non classéY a de la joie, joie, joie, joie…

Christopher Young10 mars 20094 min

Le jovialisme est de retour

Photo Jonathan Boulet-Groulx - Nicolas Lehoux et André Moreau, les deux visages du jovialisme, croient qu'un vague d'adhésion au mouvement est encore possible malgré les difficultés rencontrées dans les années dans les années 1970.

Refus de l’effort, rejet des autorités et célébration de l’inutile. Ce n’est pas la nouvelle devise de l’UQAM, mais bien les fondements du jovialisme, qui refait surface grâce à quelques dizaines de zélés.

Le 75 Sherbrooke Ouest, siège social de Groupaction, est devenu tristement célèbre durant le scandale des commandites. Mais avant d’abriter quelques vedettes de la commission Gomery, le local était le centre du mouvement jovialiste, une philosophie entièrement québécoise qui renaît depuis peu de ses cendres, combinant spiritualité, transgression joyeuse des interdits et, bien entendu, une bonne dose d’optimisme.

À son plus fort, durant les années 1970, le mouvement a compté près de 3000 membres qui transmettaient à qui voulait bien l’entendre la bonne nouvelle jovialiste composée par l’initiateur du mouvement, André Moreau, détenteur d’un doctorat en philosophie à la Sorbonne et auteur d’une centaine de livres. La pierre angulaire: n’obéir qu’à soi et refuser toute politique, morale ou religion. Les jovialistes ont cessé leurs activités en 1988 à la suite d’un désintérêt majeur des adhérents et d’un manque de ressources financières. Ce n’est que dernièrement qu’un certain regain d’intérêt pour sa pensée a pris forme. «Des jeunes qui participaient à des forums de discussion dans Internet m’ont abordé, confie André Moreau. Je leur ai dit: le mouvement jovialiste est en sommeil, avez-vous le goût de lui redonner vie?»

Nicolas Lehoux a répondu oui. Le bédéiste trentenaire, anciennement à la tête de la Communauté psychédélique de Montréal, qui promouvait l’utilisation de drogues hallucinogènes pour stimuler la vie spirituelle, est le directeur du mouvement jovialiste actuel. Il croit que le temps est venu pour cette philosophie de tailler sa place. «Je crois qu’on revient vers le communautarisme, qu’on va délaisser la religion et le gouvernement pour accorder beaucoup plus d’importance à la communauté, ce que le jovialisme promeut.»


Un jovialisme nouveau genre

Pas question cependant d’effectuer un simple retour en arrière. «On ne va pas refaire la même chose que dans les années 1970, explique Nicolas Lehoux. Je ne suis pas un philosophe, donc je ne le ferai pas comme un philosophe. Je pense à des spectacles, pour permettre à André de parler à la plus jeune génération.» Un cabaret jovialiste a donc lieu chaque mois, combinant lectures philosophiques et poétiques, numéros musicaux et danse.

Nicolas Lehoux et André Moreau croient tous deux que les adolescents d’aujourd’hui seront les jovialistes de demain. «Je regarde les jeunes à l’heure actuelle, le taux de décrochage scolaire, l’incompréhension des parents de la crise d’adolescence, le taux de suicide, et je me dis: peut-être qu’ils sont à la recherche d’un sens, suggère André Moreau. Le jovialisme peut y répondre.» Nicolas Lehoux, pour sa part, croit que les adolescents d’aujourd’hui sauront façonner la société à leur image. «La génération qui grandit présentement va être l’écho des baby-boomers, elle va prendre beaucoup de place. Mais elle va être beaucoup plus efficace grâce à leur connaissance des médias et d’Internet.» Pour les rejoindre, des capsules jovialistes animées par André Moreau sont régulièrement mises en ligne sur YouTube.

Le jovialisme a connu ses problèmes d’image par le passé. Avec des livres intitulés Orgasme et être ou La mère érotique et un leader philosophique comptant une dizaine de concubines, le mouvement a vite été caricaturé comme une forme de libertinage sexuel, rien de plus. Une situation qui n’inquiète guère Nicolas Lehoux. «J’ai travaillé à refaire l’image d’André. On va mettre l’accent beaucoup plus sur l’aspect philosophique de sa personne. Je l’appelle le philosophe de l’être. On est chanceux de compter sur quelqu’un comme ça au Québec.»

Si André Moreau appuie ce nouvel élan jovialiste, il garde toutefois ses distances. «Je donne ma caution morale, mais je n’y touche pas. Après quarante ans, je désire seulement passer le flambeau.»

Ce flambeau, Nicolas Lehoux est persuadé qu’il saura le porter jusqu’à la victoire. «Ce n’est pas qu’une tentative, je jure que ça va lever.» Même si André Moreau croit à la possibilité d’une vague, le père du jovialisme modère le zèle de Nicolas Lehoux. «Je mets en garde les jeunes qui tentent de relancer le mouvement contre leur optimisme débridé et leur idéalisme.» Comme quoi, même celui qu’on appelle «le grand jovialiste» peut parfois se faire casseux de party.
 

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